Les données de Statistique Canada publiées fin 2017 sur l’absentéisme au travail sont inquiétantes et révèlent que les Québécois excellent en la matière au pays avec en moyenne près de 12 jours d’absence par année (pour une moyenne canadienne située à 9,5). Quelles sont les mesures que peuvent prendre entreprises, gouvernement et travailleurs pour réduire ce taux qui est le plus élevé du Canada ?

Quelles sont les sources de l’absentéisme au travail ?

On a récemment appris dans la presse que le nombre d’employés en arrêt de travail a par exemple atteint des niveaux record dans le réseau de la santé au Saguenay-Lac-Saint-Jean, où travaillent 10 500 personnes. En effet, près d’un employé sur dix était en arrêt de travail début 2018 dans les établissements du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS).

Un professeur et spécialiste en ressources humaines de l’UQAM a affirmé en interview au sujet de l’absentéisme que le problème serait moins lié aux personnes qui ne veulent pas travailler qu’aux conditions de travail et à l’organisation du travail qui sont plus stressantes. Les entreprises auraient trop tendance à demander de faire plus avec moins.

Il semblerait également que les femmes soient plus victimes que les hommes de l’absentéisme au travail au Québec : 14 jours pour les femmes contre 10 pour les hommes en moyenne par année. Ce professeur de l’UQAM dénonce une fois de plus le stress qui découle de harcèlement sexuel et psychologique tout en évoquant des ghettos où sont souvent cantonnées les femmes au travail.

Le taux d’absentéisme au travail agit-il sur la productivité ?

Une étude du Conférence Board du Canada datant de 2012 a dévoilé que l’absentéisme a occasionné pour l’économie canadienne un coût direct de 16,6 milliards $. L’Institut universitaire de la santé mentale de Montréal affirme que, chaque année, 20 % des travailleurs canadiens souffrent d’une maladie liée au stress.

L’absentéisme au travail engendre donc des coûts humains et financiers importants, non seulement pour les victimes mais également pour les entreprises et leur productivité.

Que faire contre l’absentéisme au travail ?

Il faut avant tout prendre impérativement la mesure exacte des taux d’absentéisme en se posant de bonnes questions :

  • est-ce qu’un service en particulier enregistre régulièrement des absences ?
  • des plaintes à répétition ont-elles été reçues par la direction ?
  • les plaintes concernent-elles la direction ou une personne en particulier ?
  • quels changements ont eu lieu dans l’entreprise depuis que le taux d’absentéisme augmente, si c’est le cas ?

Un portrait précis de l’absentéisme permettra d’en déterminer les causes valables. Face à ses défis l’entreprise a besoin d’un personnel engagé et productif mais il est important de reconnaître la valeur du capital humain.

Quelles solutions sont officiellement préconisées pour lutter contre l’absentéisme au travail ?

Le besoin essentiel de pouvoir concilier vie de famille et travail est le plus souvent plébiscite par les employés. L’entreprise a tout intérêt à tenter de proposer de la souplesse dans les horaires de travail, ainsi que des heures de travail réduites ou la possibilité de télétravail.

Autre secteur de mieux-être, la santé est primordiale. Il faut encourager les saines habitudes tout en proposant des solutions allant dans ce sens, comme par exemple :

  • un choix d’aliments sains
  • des ateliers sur la nutrition
  • des formations sur la gestion du stress
  • soutenir les activités sportives (réductions sur les abonnements de gym, etc.)
  • proposer des places de vélo

Le Ministère offre une formation du programme MPA (les meilleures pratiques d’affaires) intitulée « Entreprise en santé : investir dans la santé de vos employés, un choix qui rapporte ! »

Il apparaît en effet que chaque dollar investi en santé et mieux-être en entreprise rapporte entre 1,64 $ et 4 $.

Sur le portail Économie, Science et Innovation Québec la démarche Entreprise santé est privilégiée et recommandée. Cette démarche structurée peut éventuellement conduire à la certification du Bureau de normalisation du Québec (BNQ).

Absentéisme : comment assainir le milieu de travail ?

Le gouvernement du Québec a décidé de montrer la voie en lançant un grand programme de modernisation des locaux de ses fonctionnaires. Les bureaux à cloisons vont par exemple disparaître au profit d’espaces ouverts inspirés des jeunes pousses.

Définir un milieu de travail sain où les employés pourront s’épanouir est une tâche qui demande la plus grande réflexion. Parmi les suggestions possibles, en voici qui peuvent s’appliquer simplement en voulant bien y consacrer le temps nécessaire :

  • établir des mesures visant à offrir une bonne qualité d’éclairage et d’air, ainsi qu’un niveau de bruit acceptable
  • étudier l’ergonomie des postes de travail appropriée aux besoins quotidiens
  • développer et favoriser un climat social respectueux des personnes
  • avoir un plan d’intervention en cas de situations conflictuelles et des politiques claires en ce sens
  • encourager le respect des mesures de prévention en matière de santé et de sécurité

Définir de bonnes pratiques de gestion contre l’absentéisme au travail

Les méthodes de gestion de l’entreprise suivent les tendances générales de changements dans les habitudes de vie. Il n’y a aucune raison pour que les pratiques de gestion n’évoluent pas au même rythme que les technologies et le savoir.

Les meilleures pratiques de gestion d’une entreprise s’inscrivent dans un cahier des charges qui vise à améliorer tous les aspects de la vie au travail, incluant par exemple :

  • l’ergonomie des places de travail
  • un environnement sain et lumineux
  • la reconnaissance
  • le respect des différences
  • une définition claire des objectifs
  • des perspectives de carrière
  • la mesure de l’engagement
  • une boîte à outils visant à répondre au moindre signe de désengagement

Citons enfin parmi les idées les plus innovantes pour tenter de lutter contre l’absentéisme au travail et la démotivation, celle implantée dès 2004 par Netflix du système illimité de vacances. Les Québécois sont habitués à toucher leurs 4 % mais ne préféreraient-ils pas posséder le choix de faire une pause quand bon leur semble ?idées les plus innovantes pour tenter de lutter contre absentéisme au travail et la démotivation

Les entreprises ayant emboîté le pas de Netflix sont de plus en plus nombreuses et satisfaites de ce choix, comme par exemple :

  • Adobe
  • Virgin
  • LinkedIn
  • Kronos
  • GSoft

C’est une initiative qui s’inscrit dans un désir d’offrir plus d’autonomie aux employés qui ont la possibilité de réguler eux-mêmes les paramètres de l’équation mouvante incluant responsabilités, charge de travail, capital de motivation, gestion du stress, vie de famille et souplesse des horaires.